Les effets du stress et de l’émotion sur la voix : troubles vocaux et solutions

Par Sara Harriss, orthophoniste spécialisée en troubles vocaux, British Voice Association
Traduction française par Marcin Brzezinski, coach vocal, vocologiste, vocologie.com

Les troubles vocaux peuvent considérablement affecter votre travail et vie sociale, en créant de l’inquiétude et de la frustration. La sévérité des symptômes peut varier énormément. Certaines personnes n’arrivent qu’à chuchoter à peine, pendant que d’autres peuvent sonner relativement normalement, mais ils souffrent de douleur et de fatigue lorsqu’ils doivent utiliser leur voix. Un examen par un ORL peut établir la présence d’une maladie ou anomalie des cordes vocales expliquant ces symptômes. Toutefois, souvent il n’y a pas de signes de blessure physique ou de maladie et il y a seulement présence de menus changements dans la manière dont la voix est produite qui ne peuvent expliquer la séverité de la perte de voix.

Il est souvent choquant d’entendre que rien n’est physiquement incorrect avec la voix, tandis que les symptômes sont audibles et ressentis comme sévères par le patient. Cela peut être difficile à comprendre et à croire, spécialement lorsque le spécialiste explique que le problème vocal est probablement relié au stress.

Pourquoi donc le stress émotionnel affecte-t-il nos voix et comment cela peut-il être traité ?

Que voulons-nous dire par « stress » ?

Lorsqu’on parle de stress, on pense normalement aux événements sérieux de la vie qui nous irritent et nous mettent en colère ou nous effraient. Des exemples : deuil, perte d’emploi, maladie grave, divorce, conflits familiaux ou agression violente. Même des événement positifs de la vie, tels que déménager dans une nouvelle maison, avoir un enfant ou se marier, sont souvent reconnus comme étant stressants, mais très peu d’entre-nous voient leur routine et vie quotidienne comme étant particulièrement problématiques. Toutefois, si l’on réfléchit aux six derniers mois ou à la dernière année de notre vie, la plupart d’entre nous se souvient d’avoir eu des moments ou la vie « nous a submergés et nous étions en dessous ». Cela peut être aussi simple qu’une lente augmentation de la pression et de la charge au travail, lorsqu’on sent que nous avons trop à faire et pas assez de temps. C’est souvent ces périodes de stress non perçu qui se manifestent finalement en tant que symptômes physiques, parmi lesquels se trouve un trouble vocal.

Des troubles vocaux tels que tensions, aphonie ou dysphonie sont souvent dus au stress et aux émotions.

Lorsque nous sommes stressés, nous réagissons à la fois physiquement et émotionnellement. Nous pouvons être irritables, anxieux, déprimés ou nous pouvons remarquer des changements physiques, tels que la tension musculaire accrue, maux de tête, difficultés à dormir ou problèmes digestifs. Souvent ces symptômes apparaissent et disparaissent, toutefois nous les attribuons à d’autres causes, telles que la lutte contre une infection ou une mauvaise digéstion d’un aliment. C’est seulement lorsque les symptômes deviennent persistants ou suffisament sévères pour que nous devenions inquiets, que nous cherchons de l’aide.

Comment le stress émotionnel affecte-t-il ma voix ?

Le conduit vocal qui inclut le larynx (abritant les cordes vocales) et le pharynx (région au-dessus du larynx, souvent appelée gorge) possède une innervation riche et complèxe reliée à la fois au système nerveux central (SNC), qui nous permet un contrôle volontaire sur le mouvement pour des activités comme la parole ou le chant, et au système nerveux autonome (SNA), qui gère la fonction de nos organes internes : pression sanguine, fréquence cardiaque, activité intestinale et digestion.
Le SNA possède trois divisions, les systèmes parasympathique, sympathique et entérique. Le système parasympathique est notre système de « repos et digestion », responsable du ralentissement de la fréquence cardiaque, de la réduction de la pression sanguine et de l’augmentation des mouvements digestifs de l’intestin (le péristaltisme) lorsque nous sommes relaxés. Il augmente également la sécretion de la la salive et des sucs digestifs.

Le système nerveux sympathique est largement responsable de la réponse de « lutte ou fuite » et prépare le corps à l’action. Il augmente la fréquence cardiaque et la pression sanguine, réduit le péristaltisme et décroît la quantité de salive et de mucus produits.

Le système nerveux entérique est un filet de nerfs qui desservent les intestins, le pancréas et la vésicule biliaire.

Le système nerveux autonome est étroitement relié aux centres émotionnels du cerveau et cette connection nous permet de comprendre pourquoi, par exemple, nous sommes capables de reconnaître que nos proches sont irrités ou en colère, et ce à partir des changements subtils dans l’expression faciale, de la posture corporelle et, bien sûr, du ton de la voix.

Lorsque nous perçevons quelque chose comme menaçant ou irritant, le corps réagit rapidement en se préparant à l’action et en produisant des changements physiques qui nous sont si familiers. Ceux-ci peuvent inclure :

  • Une augmentation de la tension musculaire.
  • Une augmentation des fréquences cardiaque et respiratoire.
  • Des changements perçus au niveau de la température avec frissons ou sudation.
  • Des tremblements.
  • Bouche et gorge sèches.

Les émotions et leurs effets

Les émotions sont vécues mentalement et physiquement ; nos réactions physiques sont souvent similaires. Pensez à comment vous vous sentez lorsque vous êtes excités et lorsque vous êtes effrayés ; les deux émotions résultent en une tension musculaire accrue, un tremblement et des palpitations, mais nous les interprétons différemment. Les symptômes physiques vécus lorsque nous sommes excités, heureux et engagés sont perçus comme étant positifs. Ils sont motivants, énergisants et, en général, nous aident à améliorer notre performance. Ils sont de courte durée et nous nous sentons d’attaque pour effectuer la tâche que nous avons entreprise. En revanche, la peur et la colère sont perçues comme étant une « détresse » déplaisante ; notre performance décroît et la tâche que nous effectuons nous semble en dehors d’une zone de gestion confortable.

Les situations qui causent la détresse peuvent être de courte durée, comme une mésentente, ou de longue durée, comme une maladie ou un congédiement. Toutefois, la détresse peut être aussi déclenchée intérieurement par nos pensées habituelles, des associations ou notre propre comportement. Par exemple, une mauvaise expérience avec un chien dans notre enfance peut amener une réponse de peur, déclenchée même lorsqu’on est exposé à un chien gentil. Notre comportement peut en être affecté au point d’éviter un parc ou des endroits où l’on pourrait rencontrer un chien.

Notre comportement habituel peut créer lui aussi des situations stressantes. Nous pouvons avoir tendance à prendre trop de travail, être incapables de dire non ou remettre les choses à la dernière minute pour ensuite en payer le prix sous forme de panique. Peu importe comment cela se passe. Lorsque les situations dans nos vies créent de la détresse émotionnelle, nous les trouvons difficiles à gérer. Nous pouvons choisir d’ignorer les symptômes et signes, et « continuer comme si rien n’était », mais nos corps ne cessent de réagir à la détresse et développent des symptômes physiques. Les signes physiques communs de détresse incluent :

  • Des problèmes intestinaux (reflux gastrique, syndrôme de côlon irritable).
  • Des problèmes de peau (eczéma, psoriasis).
  • Des douleurs au dos, au cou et autres muscles (incluant la douleur laryngée).
  • Des difficultés respiratoires (attaque de panique, « sur-respiration », déclencement de crises chez certains asthmatiques).
  • Un enrouement vocal (dysphonie) ou perte complète de voix (aphonie).

Ces symptômes sont parfaitement réels mais peuvent apparaître en réponse à une détresse émotionnelle plutôt qu’en relation à une infection, anomalie physique ou maladie. La perte de voix associée à une détresse émotionnelle est habituellement appelée « trouble vocal psychogène ». Toutefois, les médecins peuvent utiliser d’autres termes, tels que « aphonie/dysphonie de conversion » ou occasionnellement « aphonie/dysphonie fonctionnelle ». Le terme « conversion » est habituellement utilisé, car essentiellement la détresse émotionnelle est littéralement convertie en un problème physique, dans ce cas un trouble de la voix. L’individu adopte le trouble vocal comme un mécanisme d’adaptation pour gérer la détresse émotionnelle, mais ce n’est pas un processus sous son contrôle, volontaire. Tandis que la plupart des gens avec une dysphonie psychogène se rendent compte qu’ils vivent du stress, d’autres personnes ne s’en rendent pas compte. Lorsqu’ils n’en sont pas conscients, le diagnostic arrive pour eux comme une parfaite surprise et est dur à croire.

Symptômes d’une dysphonie psychogène

Avoir un trouble vocal est extrêmement stressant en soi et il est souvent difficile de dire si les facteurs émotionnels sont la cause ou la réponse à un dommage aux cordes vocales, une maladie ou une surutilisation. Il y a toutefois des signes qui peuvent être de bons indicateurs. Par exemple, dans les cas où la perte de voix se produit soudainement et sans raison apparente. La persone peut avoir une voix un jour et se réveiller le lendemain matin avec seulement un chuchotement, pendant que la voix normale apparaît seulement lors de la toux ou du rire. Le retour à la normale peut également être soudain et sans cause apparente. Habituellement, une perte complète de voix jusqu’au chuchotement (parfois appelée « dysphonie de chuchotement ») se maintient sur une longue période. Quelques semaines ou mois sont la norme, mais dans d’autres cas la voix peut « s’en aller et revenir » pendant des mois, voire des années. D’autres indicateurs incluent l’enrouement, initialement associé à une infection/surutilisation qui ne guérit pas avec le temps et le traitement approprié, ou une douleur laryngée persistante/excessive en absence d’une anomalie laryngée quelconque.

Diagnostic

Les troubles vocaux psychogènes peuvent affecter les adultes et les enfants. Ainsi, si votre voix ou la voix de l’un de vos enfants devient enrouée ou s’il y perte complète de voix, la chose la plus importante est d’exclure une cause physique possible. Vous devez consulter votre médecin généraliste qui va vous référer à un otorhinolaryngologiste (ORL) ou, mieux encore, à une clinique de la voix où il y a aura un orthophoniste qui pourra offrir par la suite son évaluation et un traitement. Votre médecin généraliste peut également diagnostiquer et traiter d’autres possibles affection medicales qui contibuent au trouble vocal.
Note du traducteur : en Amérique du Nord, l’équipe d’une clinique de la voix est souvent complétée par un troisième intervenant : un entraîneur vocal/vocologiste qui, sous la recommandation de l’ORL et de l’orthophoniste, élabore un programme d’entraînement vocal fonctionnel préventif, correctif ou, dans les cas les plus graves, post-opératoire, tout en accompagnant le patient dans son changement d’habitudes vocales au quotidien.

Qu’est-ce qui peut être fait pour aider un patient ?

Orthophonie : les thérapies par l’orthophonie sont habituellement très efficaces pour aider les patients à résoudre les problèmes liés aux troubles vocaux psychogènes. Les spécialistes proposent plusieurs techniques et exercices vocaux utiles qui peuvent aider à retrouver la voix rapidement et permettre aux patients de gérer à nouveau leur volume de travail vocal normal. De plus, certains orthophonistes possèdent également une formation en thérapie psychologique et sont capables d’aider les patients à découvrir les causes émotionnelles étant à la base de leur trouble vocal. Ils peuvent introduire des stratégies qui aident les patients à apprendre à se relaxer, prendre mieux soin d’eux-mêmes, devenir plus confiants dans l’expression de leurs émotions et apprendre à « dire ce qu’ils veulent dire » dans des situations difficiles. Certains orthophonistes peuvent offrir quelques séances de thérapie psychologique pour aider les patients à améliorer leur façon de gérer le stress émotionnel et leurs difficultés.

Coaching de vie/psychothéraphie

Parfois, les aspects émotionnels requièrent une aide professionnelle de la part d’un travailleur social, un psychologue ou psychothérapeute. Il existe plusieurs approches psychologiques différentes et il est important d’en trouver une qui convienne à vos besoins. Souvent, dans la compréhension populaire de la psychothérapie, elle se concentre sur le passé et le subconscient. Cette approche est souvent appelée psychodynamique avec, comme l’un des principaux représentants, Sigmund Freud. Toutefois, récemment il y a eu un changement de focalisation vers la résolution de problèmes dans le présent, le développement des stratégies d’adaptation efficaces, ainsi que la confrontation des pensées et comportements habituels qui peuvent créer des difficultés dans nos relations et au travail. Votre médecin généraliste pourra vous aider à trouver les disponibilités dans votre région via une basée de données ou ses contacts privés. Les différentes approches sont également relativement facile à trouver sur Internet. Il est très important de trouver un thérapeute qualifié, peu importe l’approche choisie. La meilleure façon est de contacter une association ou un ordre professionnel qui régit la pratique clinique et ses standards, afin de trouver de l’aide dans la recherche d’un thérapeute (voir la section Références ci-dessous).

Une des techniques de psychothérapie utilisée avec succès en lien avec les troubles vocaux, est la thérapie cognitive-comportementale (TCC). Des ressources peuvent être trouvées via une base de données médicale chez votre médecin. Des praticiens privés de TCC au Québec peuvent être trouvés via XYZ (voir la section Références ci-dessous)

Thérapie manuelle/massage laryngé

La tension musculaire à l’intérieur et autour du larynx peut être une composante majeure des troubles vocaux psychogènes, rendant l’acte de parler forçant et douloureux. Parfois cette tension musculaire est difficile à résoudre avec la thérapie vocale seule. Dans ce cas, la manipulation/massage laryngés peuvent être utiles. Certains orthophonistes sont formés aux techniques de thérapie manuelle. Ces soins peuvent être également offerts par un physiothérapeute ou ostéopathe spécialisé en troubles vocaux. Votre orthophoniste peut habituellement vous aider à trouver ces services ou vous pouvez les trouver via leurs associations professionnelles respectives (voir Références ci-dessous).

Médication

Très occasionnellement, les troubles vocaux psychogènes ne s’améliorent pas avec la thérapie vocale. Ils peuvent être associés à une dépression ou un autre trouble psychologique qui nécessite une médication. Dans un tel cas, votre médecin généraliste peut soit vous aider à trouver la médication la plus appropriée ou vous référer à un psychiatre (docteur en médecine spécialisé en santé mentale) pour une évaluation et aide plus poussées.

Si votre trouble vocal est relié au stress, il ne faut pas vous sentir embarassé ou avoir honte. Il s’agit seulement d’une façon que votre corps utilise pour vous faire savoir qu’il y a un problème dont vous devez vous occuper. Plus nous en savons sur comment l’esprit et le corps interagissent ensemble, plus nous nous rendons compte que le mental peut affecter notre santé. Alors, si vous développez un trouble vocal, allez cherchez de l’aide. Les troubles vocaux répondent habituellement très bien au traitement et les troubles d’origine psychogène souvent disparaissent rapidement et complétement.

Ressources au Québec :

Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec http://www.ooaq.qc.ca
Association d’oto-rhino-laryngologie et de chirurgie cervico-faciale du Québec http://www.orlquebec.org
Ordre des psychologues du Québec http://www.ordrepsy.qc.ca

Article original : http://www.britishvoiceassociation.org.uk/voicecare_stress-emotion-voice.htm

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